On peut lire récemment des débats autour d’une republication de Mein Kampf en langue française. Les droits d’auteur du livre tomberont en effet prochainement dans le domaine public. Jusque-là, ils étaient possédés par l’État de Bavière, qui en limitait la publication. En France, toute publication doit être assortie d’un avertissement de huit pages rappelant les crimes commis par les nazis. L’un des arguments contre la publication est de dire « qu’éditer, c’est diffuser », et donc qu’une nouvelle édition faciliterait la diffusion des idées antisémites dans la société.
On ne peut qu‘être en accord sur ce point, la minorité nationale juive a payé suffisamment cher à travers l’histoire pour savoir que les discours précèdent les actes. La liberté d’expression des pogromistes et des massacreurs, c’est la mort au bout du chemin pour les Juives et les Juifs. Cependant, il faut rappeler que le livre d’Adolf Hitler est écrit dans le contexte de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres. Si la diffusion des idées de groupe comme Aube Dorée en Grèce montre que le nazisme « historique » peut toujours séduire, il y a peu de chances que cela se fasse sur la seule base d’un livre qui comporte de nombreux passages en décallage avec la période historique actuelle. La situation politique et sociale étant très différente (pas de millions d’anciens combattants, pas de remise en cause sérieuse des institutions de la démocratie bourgeoise, etc.), le public français a en effet peu de chance d’entrer en résonnance avec les thématiques spécifiques sur lesquelles jouait Hitler (« terre et sang », conquète d’un « espace vital », antibolchevisme, diktat de Versailles, coup de poignard dans le dos, etc.), même si le risque n’est pas non plus à écarter totalement.
Ce qui est plus à craindre, du point de vue de la diffusion des idées antisémites et racistes dans la société, n’est donc pas une reprise des idées hitlériennes dans leur formulation d’époque, mais une adaptation de celles-ci à la période actuelle. C’est cette mutation que tentent de réaliser Alain Soral et Dieudonné, avec malheureusement un certain succès jusque-là. Avec des mots différents de ceux d’Hitler, ces deux propagandistes parviennent en effet à diffuser les mêmes idées, celles de l’existence d’un corps étranger (juif principalement) nuisible au cœur de la société française. Leur discours repose sur le vieux mythe antisémite selon lesquels les Juifs et les Juives contrôlerait dans l’ombre l’économie et la politique et serait à l’origine des difficultés économiques et des évolutions sociales.
Pour faire passer ces idées, ils se servent notamment de la confusion autour du terme « sioniste », qu’ils utilisent dans un sens qui n’a rien à voir avec les courants sionistes tels qu’ils existent historiquement, ni avec la situation israélo–palestinienne. Ils l’utilisent en référence aux « Protocole des sages de Sion ». Ce faux célèbre définit le sionisme non comme ce qu’il est historiquement, c’est à dire un mouvement nationaliste juif ayant pour projet l’établissement d’un État nation en Palestine (quelles qu’en soient les conséquences pour les populations non-juives), mais comme un projet de domination mondiale qui serait intrinsèque à la judéité. C’est le vieux thème antisémite du « complot juif » mondial : on change l’apparence pour donner à tout ça un air nouveau, mais le discours, lui, reste le même.
Ce discours mène au pogrom, bien plus efficacement que ne le ferait une réédition de Mein Kampf.
Juives, Juifs, contre l’antisémitisme moderne, faisons taire Alain Soral et ses idées, organisons l’autodéfense antiraciste !
