Les 16 et 17 juillet 1942, plus de 13000 juifs et juives, hommes, femmes et enfants, ont été victimes d’une rafle organisée par l’État français, réalisée par la police française. Les personnes raflées seront regroupées au vélodrome d’hiver, puis déportées dans les camps de concentration et d’extermination nazis.
L’État et la police française ont une responsabilité première dans cette rafle, la déportation et la mort des personnes raflées. Les policiers qui ont participé à cette rafle seront pour beaucoup célébrés comme « résistants » au moment de l’insurrection lors de la libération de Paris, pour valider le roman national de la « France majoritairement résistante » opposée au déshonneur vichyste. Vichy, dans cette reconstruction mythologique de l’histoire, faites sur le dos des victimes, était considéré comme une « parenthèse » et non comme l’aboutissement d’un antisémitisme profondément enraciné dans le paysage politique français.
L’absolution des policiers, des responsables politiques, des membres de l’appareil d’état a eu pour objectif d’assurer la « continuité de l’Etat », et d’effacer les traces d’une collaboration au plus haut niveau.
L’État français niera ainsi et continue en grande partie de nier sa responsabilité dans la persécution antisémite des juifs et juives résidant en France, au nom du mythe de la « France majoritairement résistante ».
La commémoration de la rafle est un moment de recueillement pour les familles des victimes.
La commémoration de la rafle devrait être l’occasion d’une reconnaissance pleine et entière de cette responsabilité, et d’une mise en cause en profondeur des mécanismes institutionnels et racistes qui ont permis la rafle. La culture de l’obéissance, le racisme institutionnel, l’antisémitisme, la déshumanisation qui continue de sévir à tous les niveaux et touchent toutes les catégories de populations victimes de politiques racistes. Celle qui continue à justifier les persécutions contre les roms et les migrants, au nom de « l’ordre » de « la nation française ».
Elle devrait aussi être l’occasion d’interroger la permanence de l’antisémitisme dans la société française, dans tous les courants politiques.
Elle ne devrait pas être l’occasion de débattre du « sionisme » ou de « l’antisionisme », ni d’une récupération politique honteuse, que celle-ci vienne du gouvernement français pour effacer la responsabilité de l’idéologie nationale française dans l’antisémitisme, du gouvernement israélien pour légitimer sa politique coloniale, ou de courants politiques français qui, sans jamais s’intéresser à l’histoire, à l’actualité et au rôle de l’antisémitisme en France, ne s’en emparent qu’en rapport avec la question israelo-palestinienne.
Elle devrait être un temps de mémoire sur la nécessaire lutte contre l’antisémitisme, et plus largement, contre toutes les formes de persécution raciste.
Article initialement publié le 18 juillet 2017
