Récemment, le gouvernement a fait voter une loi, dite « contre le séparatisme », destinée à lutter contre l’islam radical.
Dans la présentation même du texte la désignation d’une frange de la minorité musulmane comme séparatiste jette la même suspicion sur l’ensemble de celle-ci : logiquement si des individus peuvent devenir « séparatistes », cela ne peut être que parce que leur groupe d’origine est déjà séparé. On retrouve ici un thème traditionnel du nationalisme français, remettant en question la « francité » des minorités nationales qui ne leur sera jamais totalement reconnue, car pouvant à chaque crise leur être déniée. Difficile de ne pas faire le lien avec l’antisémite Charles Maurras (qu’Emmanuel Macron parle de réhabiliter) parlant des « États confédérés » qui seraient inassimilables et qu’il faudrait exclure du corps national (pour un développement de la question, nous vous invitons à lire le texte du collectif Lignes de Crêtes : « Maurras au temps de la pandémie »).
De plus, sans rentrer dans le détail du texte (qui facilite notamment la dissolution d’associations ou oblige les associations subventionnées à un « contrat républicain » très flou, qui pourrait poser problème par exemple aux associations d’aides aux personnes migrantes), les dispositifs facilitant pour l’État la dissolution d’associations cultuelles ou lui donnant un droit de regard sur la direction de celles-ci nous semblent particulièrement inquiétants. Dans une conception laïque, que nous partageons, l’État n’intervient pas dans les affaires religieuses. Selon le titre même de la loi de 1905, les Églises et l’État sont séparés. Depuis 1905 cette séparation n’est pas remise en cause lorsque, à de nombreuses reprises, des Églises tiennent un discours politique (comme par exemple lorsque la Conférence des Évêques de France a pris position contre la loi Savary en 1984 ou contre le PACS en 1998), y compris lorsque celui-ci est ouvertement anti-républicain (comme lorsque des catholiques traditionnalistes de la FSSPX rendent hommage au maréchal Pétain) ou humainement et socialement destructeurs (comme lorsqu’en Guyane les évangélistes détruisent, avec la complicité des institutions, les cultures amérindiennes et bushinenguées).
Si la question se pose aujourd’hui, c’est car elle vise la minorité musulmane et que depuis plusieurs années celle-ci est l’une des cibles principales d’une lepenisation progressive du champ politico-médiatique. La placardisation il y a quelques mois de la Milivudes et son rattachement au ministère de l’Intérieur (et plus particulièrement au comité interministeriel de prévention de la délinquance et de la radicalisation) illustre bien cette évolution : la priorité n’est plus tant de lutter contre les dérives sectaires ou contre un discours religieux réactionnaire que de se focaliser sur l’islam, ici considéré par le prisme de la « radicalisation ».
Pour nous, la laïcité doit s’appliquer également à tous et ne peut servir de prétexte pour attaquer une minorité. Le nécessaire combat contre le terrorisme djihadiste ne se fera pas à travers un dévoiement de la laïcité pour servir de prétexte à des atteintes aux libertés publiques, à des pratiques racistes, à un ciblage de la minorité musulmane. De telles pratiques sont au contraire un pain béni tant pour les organisations terroristes djihadistes que pour les supprémacistes blancs, qui constituent les deux faces de la même pièce, qui s’auto-alimentent par leurs actions respectives. Nous ne comprenons donc pas la position de certains responsables de la communauté juive, comme le grand rabbin Haïm Korsia, qui se sont exprimés en faveur de cette loi. JJR s’oppose à celle-ci et invite ses lecteurs à participer à toute initiative s’y opposant dans une démarche d’union des combats antiracistes.
