Depuis quelques semaines, la droite et l’extrême droite parlent de dissoudre les groupes et associations qui organisent des réunions non-mixtes basées sur la religion, la couleur de peau, l’origine, ou la nationalité. Le Sénat a voté un texte en ce sens.
Les réunions non-mixtes ne sont pas une fin en soi. Leur objectif est de permettre aux personnes subissant une oppression de s’organiser pour lutter contre celle-ci. Elles sont la suite logique de la promesse de la Première Internationale : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ».
Le mouvement ouvrier est donc basé sur l’auto-organisation des travailleurs, c’est à dire leur non-mixité. Le mouvement féministe est, depuis les années 1970, parvenu à faire élargir ce principe et les femmes organisent aujourd’hui des réunions non-mixtes dans une quantité de groupes, militants ou non. Opprimées par le patriarcat, elles sont en effet les mieux placées, à partir d’une situation commune, pour dénoncer et lutter contre ce système.
Le racisme doit être combattu avec la même logique que le capitalisme et le sexisme : par l’organisation autonome de celles et ceux qui en sont les victimes. Il ne s’agit pas ici d’exclure un groupe, mais de considérer que les concerné-es ont un point de vue spécifique et que celui-ci est légitime. Il ne s’agit pas ici de faire taire le groupe majoritaire, mais de permettre aux groupes minoritaires de s’exprimer. Pour cela, il faut logiquement qu’ils puissent formuler leurs positions et donc s’auto-organiser à part.
Les réactionnaires qui, se croyant malins, comparent avec d’hypothétiques réunions interdites aux racisé-es montrent donc qu’ils n’ont pas compris l’objectif de la non-mixité : le groupe majoritaire n’a nul besoin de se réunir en non-mixité pour faire valoir des positions propres, puisqu’il est déjà dominant dans les groupes mixtes. La non-mixité est un outil de libération de la parole des groupes opprimés, et non un mode d’organisation neutre.
Cette considération est au cœur de la démarche JJR : c’est le constat que l’antisémitisme n’était pas suffisamment pris en compte par les organisations de gauche mixtes qui nous a mené, de manière pragmatique, à nous regrouper en tant que Juives et Juifs. Il s’agit pour nous de lutter contre l’antisémitisme sur la base de notre vécu et de diffuser des idées progressistes au sein de notre minorité (ce qui serait bien plus complexe en partant d’un cadre mixte). Cela n’empêche pas notre groupe de se mobiliser sur d’autres thématiques, ni nos membres de participer à d’autres collectifs, groupes, ou organisations mixtes selon leurs idées ou leurs situations. La non-mixité ne mène donc pas nécessairement au séparatisme, contrairement à ce que prétendent les réactionnaires. Au contraire, nous espérons bien qu’une meilleure prise en compte de l’antisémitisme mènera de plus en plus de Juives et de Juifs à s’investir dans les luttes progressistes et révolutionnaires.
Nous revendiquons donc le droit des racisé-es à l’auto-organisation, et donc à la non-mixité, et affirmons qu’il est indissociable d’une démarche antiraciste conséquente. Nous apportons également tout notre soutien à l’UNEF face aux attaques dont cette organisation est victime pour l’organisation d’une réunion non-mixte.
