Voici ce que nous disions en 2017 suite à l’assassinat de Sarah Halimi : « L’assassinat de Sarah Halimi est l’expression de la brutalité de l’antisémitisme. Encore une fois le caractère antisémite est nié et minimisé par les enquêteurs comme par une partie de la presse au nom de la « démence » alléguée de l’assassin. Mais c’est bien l’idéologie antisémite qui a désigné Sarah Halimi comme cible. C’est cette idéologie qu’il faut éradiquer et ses propagateurs qu’il faut combattre. Nous assurons les proches de Sarah Halimi de notre soutien. Nous demandons vérité et justice pour Sarah Halimi. »
Sarah Halimi a été assassinée parce que juive. Parce que son assassin baignait dans une idéologie antisémite qui connaît une nouvelle vigueur depuis de nombreuses années et qui touche toutes les couches sociales et tous les pans de la société et possède de très nombreux relais.
L’entourage de son assassin, Kobili Traoré, avant et après l’assassinat, a tenu des propos antisémites, relayant des images de quenelles, des injures antisémites.
La psychiatrisation de l’assassin – et de l’affaire – qui consiste à expliquer un passage à l’acte par le seul prisme médical et psychiatrique s’inscrit dans une tendance très fréquente en matière de crimes racistes et antisémites : elle permet d’évacuer la responsabilité idéologique des propagateurs du racisme et de l’antisémitisme, qu’il s’agisse de celles et ceux qui diffusent l’antisémitisme et le racisme, en réduisant la cause du crime à la maladie.
Or ce sont les idéologies racistes et antisémites qui arment les assassins et leur désignent comme cibles des personnes parce qu’elles sont juives, arabes …
L’idéologie antisémite a historiquement comporté des éléments fondamentalement « irrationnels» (démonologie, accusations délirantes). La diffusion massive de telles croyances irrationnellles, favorisée ces dernières années notamment par les réseaux sociaux, a démontré que l’adhésion à de telles représentations était loin de s’expliquer par l’état psychique des personnes .
De même, il est important de ne pas à évacuer sous ce prétexte la question de la responsabilité des institutions et leurs carences face à la violence antisémite et raciste. Au niveau de la justice et de la police des questions aussi peuvent être posées : pourquoi la police, pourtant arrivée sur les lieux avant la défenestration de Sarah Halimi, n’est pas intervenue ? Pourquoi le déni initial du procureur et des enquêteurs sur le caractère antisémite de l’assassinat ?
La décision de la cour de cassation qui si elle a reconnu le caractere antisemite du crime, a écarté la possibilite d’un débat sur les conditions sociales qui ont abouti à l’assassinat de Sarah Halimi, contrairement à ce qu’affirment beaucoup de racistes, n’est pas la preuve d’une prétendue « islamisation de la justice ». Elle est la marque tristement ordinaire de la manière dont les crimes racistes en général sont régulièrement traités dans le pays : l’absence totale de réflexion sur les conditions idéologiques qui conditionnent le passage à l’acte et désignent leur cibles aux assassins, quelle que soit leur condition médicale.
L’histoire de Sarah Halimi est celle d’un certain nombre d’autres victimes de crimes racistes. La violence institutionnelle que subissent ses proches par une telle décision est elle aussi un élément commun du traitement par la justice de nombreux crimes racistes : on pensera par exemple à l’assassinat raciste de Mohamed El Makouli, dont le meurtrier a été déclaré pénalement irresponsable pour des raisons similaires à Kobili Traoré.
Réclamer vérité et justice pour Sarah Halimi est juste et nécessaire, et nous constatons à ce sujet le silence d’une large part du spectre politique progressiste. Ce silence laisse la place à l’instrumentalisation par les réactionnaires, dont des antisémites patentés qui tentent de faire oublier leurs casseroles tout en diffusant un discours raciste.
L’enjeu principal n’est donc pas la question de « l’irresponsabilité pénale » des auteurs de crimes et délits en général mais bien celle de la responsabilité sociale de l’antisémitisme, et la prise en compte du rôle de l’idéologie antisémite dans les passages à l’acte.
Car ce crime et son traitement judiciaire sont au contraire une nouvelle illustration des carences judiciaires en matière de traitement des crimes racistes et de la nécessité d’un combat sans relâche contre les discours racistes et antisémites qui inspirent les assassins. C’est sur ce plan que devrait porter la lutte de toutes celles et ceux qui souhaitent que plus jamais une telle situation ne se reproduise et qui souhaitent sincèrement vérité et justice pour Sarah Halimi.
