Le ministre de l’Intérieur a récemment menacé la Ligue des Droits de l’Homme, dont les observateurs avaient dénoncé la violence de la répression policière à Sainte Soline. La LDH a été créée à la fin de l’affaire Dreyfus, en opposition à ceux qui estimaient qu’un Juif était forcément un traître et que l’institution militaire était toujours dans son droit (parmi lesquels on compte l’Action Française, organisation dont l’abject Darmanin a par le passé été proche). L’objectif de la LDH est la défense des libertés et des droits individuels et collectifs, dans la lignée des Déclarations des Droits de l’Homme et du Citoyen issues de la Révolution Française. Son action s’est toujours inscrite dans le cadre républicain de l’État de droit et jusque là seul le régime de Vichy s’en était pris à elle.
Depuis quelques années les attaques contre des associations critiques de la politique gouvernementale se multiplient, notamment dans le cadre de la « loi séparatisme » qui cible principalement des associations musulmanes, tandis que dans le même temps certaines associations proches du pouvoir (et notamment de la secrétaire d’État Marlène Schiappa et du Printemps Républicain) semblent toucher des subventions discutables. Le ciblage d’une organisation historique et quasi-institutionnelle de défense des droits humains est un pallier supplémentaire dans cette logique. C’est un signe supplémentaire de la radicalisation du gouvernement et de classes dominantes en pleine lepenisation, qui abandonnent peu à peu tout les marqueurs idéologiques qui définissaient jusque là traditionnellement le camp républicain.
Au delà du soutien que nous apportons à la LDH et de l’attachement historique qu’en tant que Juif·ves nous ne pouvons qu’avoir pour cette organisation, cette évolution ne peut que nous inquiéter. Si nous ne voulons pas que la France ressemble à la Hongrie de Viktor Orban, situation dont les minorités seraient les premières victimes, il est urgent de nous ressaisir. Comme nous l’écrivions au lendemain de l’élection présidentielle, il faut « reconstruire le seul barrage durable au fascisme qui est la reconquête du rapport de force de classe, d’une hégémonie politique pour le camp progressiste et antiraciste. Nous sommes conscients que cela passe par le renforcement des organisations de contre-pouvoir : syndicats, collectifs antiracistes, collectifs féministes, collectifs LGBTQI, et que nous ne devrons pas renoncer à l’ampleur de cette tâche, aux difficultés et aux contradictions à gérer qu’elle suppose. »
