Qu’on se le dise, Dieudonné a changé. Du moins c’est ce qu’il prétend et il entend le faire savoir. Après des années de diatribes antisémites malhabilement dissimulées sous l’étendard d’un antisionisme dévoyé, lorsqu’ elles n’étaient pas tout à fait explicites, Dieudonné prétend présenter ses excuses à la communauté juive pour ce qu’il qualifie « d’outrance » dans laquelle il se serait, à son corps défendant, laissé emporté.
Le pardon n’est jamais du, mais au contraire toujours conditionné à la sincérité de celui qui le demande tout autant qu’à sa volonté de prendre en compte les conséquences réelles de ses actions en cherchant, si c’est encore possible, à réparer les dégâts causés. Or, c’est là que le bât blesse. Dieudonné peut il être sincère? Il suffit d’aller jeter un œil sur son site internet pour constater que ses shows antisémites sont toujours en ligne et pour trouver une galerie de photos de quenelles, signe antisémite popularisé par lui que ses partisans réalisaient à des endroits divers (on se rappelle de son compère nazi Alain Soral en faisant une au mémorial de la Shoah à Berlin). Les comptes sur les réseaux sociaux de la petite entreprise dieudonniste continuent également de faire le signe « Au dessus c’est le soleil » censé symboliser le pseudo-pouvoir juif. De même que l’un de ses spectacles de 2004 s’intitulait « Mes excuses » mais n’était en réalité qu’une affirmation de ses positions politiques complotistes et antisémites, rien n’est donc crédible dans la nouvelle démarche de ce sinistre personnage, à commencer par le cadre dans lequel il a souhaité inscrire son propos.
Que cet antisémite notoire choisisse un média franco-israélien d’extrême droite (Israel Magazine) relayé par un site d’extrême droite (Dreuz.info) afin de faire semblant de s’amender ne fait que rajouter le cynisme à l’escroquerie. En ce sens, le voeu qu’il formule d’aller s’exprimer devant la Knesset pour formuler ses pseudo-excuses ne peut qu’interroger d’autant plus cette fallacieuse démarche de repentance dans un contexte où Israël connaît depuis plusieurs mois une accélération particulièrement inquiétante dans la fuite en avant fasciste. Cette rencontre (improbable?) entre l’antisémite et une partie de l’extrême droite juive n’est cependant pas si étonnante si l’on songe que Dieudonné ne pourrait espérer meilleur coup de publicité qu’une absolution venant des promoteurs du sionisme le plus dur, tandis qu’une frange de l’extrême droite paraît quant à elle disposée à réhabiliter un tel individu médiatique et sulfureux à la fois par détestation commune des antiracistes et afin, vraisemblablement, de s’appuyer sur son mea culpa factice pour délégitimer plus globalement toute critique affirmée de la politique coloniale d’Israël.
Mais ce mariage de pure opportunité se fait en réalité sur le dos des Juif.ves car l’heure d’interview accordée par/à Dieudonné ne fait que révéler son hypocrisie totale. En réalité, celui-ci passe l’essentiel de son temps à se présenter comme une victime, ce qui, lorsqu’on vient demander pardon, n’est jamais un bon début et ce processus de renversement des positions n’est que trop tristement connu. Dieudonné explique également avoir été dans une démarche artistiques osée, provocatrice, mais n’avoir jamais cru un seul instant aux propos qu’il tenait, invoquant le caractère humoristique de ses saillies et, en définitive, la liberté d’expression de l’artiste. Disons-le d’emblée, nous refusons par principe l’idée que la liberté d’expression, fut-elle celle d’un artiste, puisse servir de couverture au déversement d’un discours de haine, en l’occurrence antisémite. Au contraire, parce qu’il jouit de cette liberté d’expression et, surtout, d’une place marquée par une aura particulière, la responsabilité de l’artiste n’en est que plus grande. Au-delà, Dieudonné, avec la complicité de son interlocuteur, passe scandaleusement sous silence que ses prises de position ont très largement dépassé la sphère artistique compte tenu de son engagement politique auprès d’antisémites et complotistes notoires à l’image d’Alain Soral, Robert Faurisson, Thierry Meyssan, Frédéric Châtillon, Jean-Marie Le Pen et tant d’autres, ainsi que des figures éminentes parmi les régimes criminels syrien et iranien. Cet « oubli » dans le pardon exprimé, n’est rien d’autre qu’un crachat au visage de celleux auprès desquel.les il prétend s’excuser. Ce rappel étant fait, on notera tout de même que Dieudonné s’entend décidément très bien avec l’extrême droite, où qu’elle se trouve.
Peu content de minimiser ses actions et de se positionner en victime, Dieudonné renoue sans effort avec un antisémitisme détestable lorsqu’il explique avoir été victime d’un complot destiné à faire de lui un épouvantail et mené notamment par les organisations qui font de la Shoah « un fonds de commerce » (sic). Les vrais responsables de l’antisémitisme de Dieudonné seraient finalement les Juif.ves eux-mêmes, ou du moins les organisations qu’il identifie en bloc monolithique. Il faut souligner que Dieudonné et son interlocuteur trouvent ici un terrain d’entente puisqu’ils semblent d’accord pour considérer que le vrai problème vient des Juif.ves de gauche et des organisations communautaires qui ne seraient que des Juifs de Cour. A l’image d’un Netanyahu avançant bras dessus bras dessous avec Orban, Trump ou Bolsonaro, une partie de l’extrême droite juive démontre ici et à nouveau qu’elle n’a aucun problème à s’acoquiner avec des antisémites dès lors que cela sert son agenda politique réactionnaire.
Cette interview, qui se termine sur des prises de position ouvertement homophobes formulées en quasi-injonctions aux personnes homosexuelles camerounaises à ne pas s’exposer en tant que telles dans la rue, nous révolte. Nous affirmons notre entière solidarité à l’égard des personnes LGBTQI, alors que Dieudonné cible en outre et désormais dans son spectacle les personnes transgenres de manière odieuse dans l’indifférence coupable des salles qui continuent de le programmer. Au final, cet entretien diffusé le 1er mai 2023 lui permet essentiellement de réaliser une opération de publicité indécente, laquelle intervient précisément alors que la tournée de son nouveau spectacle doit démarrer. A un Dieudonné inchangé, menteur, antisémite, LGBTQIphobe et s’alliant à l’extrême droite dans une démarche hypocrite, nous n’avons qu’une chose à dire: ni oubli, ni pardon!
