Pap Ndiaye annonce un audit sur la sortie des enfants juifs de l’école publique

Le ministre de l’Éducation Nationale Pap Ndiaye a récemment annoncé dans une interview à l’Express l’organisation d’un audit concernant les enfants juifs contraint·es de quitter l’enseignement public, notamment pour des raisons de sécurité. Il s’agissait déjà d’une promesse qu’Emmanuel Macron avait faite en 2019 au dîner du CRIF, à l’époque le FSJU estimait que seuls 30% des enfants juif·ves étaient scolarisés dans l’enseignement public. Un constat largement partagé dans la communauté, où nombre de Juifs et de Juives subissent et ont subi harcèlement et violences antisémites en milieu scolaire, parfois jusqu’au changement d’établissement, de domicile, et pour certain·es de pays.

Cela fait plusieurs décennies que la communauté juive alerte sur le harcèlement scolaire subi par les élèves Juif·ves et le sujet a donné lieu à de nombreuses polémiques (notamment autour de l’ouvrage islamophobe et méthodologiquement douteux « Les territoires perdus de la République »).

Il est donc grand temps qu’une enquête sérieuse se penche sur le sujet et il est malheureux qu’il ait fallu attendre aussi longtemps pour voir une telle initiative être mise en place. En vingt ans, le cercle vicieux a eu le temps de s’installer durablement : violence, évitement, plus de vulnérabilité pour celles et ceux qui restent, plus de violence, plus d’évitement, etc, avec toujours une double peine pour les familles juives installées dans les quartiers les plus pauvres, également victimes des politiques néolibérales et des dynamiques de précarisation des personnels qui touchent d’abord l’éducation prioritaire.

Il règne au sein de notre minorité le sentiment amer que « le mal est fait » et que l’urgence n’a jamais été réellement prise au sérieux.

Les différents gouvernements qui se sont succédés ont évoqué le problème, souvent en stigmatisant les élèves issu·es de la minorité arabo-musulmane, parfois en faisant mine de taper du poing sur la table et en appelant les chef·fes d’établissement à signaler les comportements problématiques, mais ils ont finalement laissé des personnels et des familles démunis face à l’ampleur du désastre, n’allant jamais au delà de coups de communication ou d’injonction à plus de sanctions stériles.

Il est primordial que cette enquête traite le sujet de la manière la plus large possible, qu’elle prenne en compte les violences physiques, verbales, psychologiques, scolaires ; qu’elle s’intéresse au vécu des élèves et ancien·nes élèves, aux angoisses des parents, aux discours des professionnel·les ; qu’elle ne se focalise pas sur les seuls établissements des quartiers populaires mais sur l’ensemble du système scolaire ; qu’elle interroge les enfants parti·es dans le privé, mais également celles et ceux qui sont toujours dans l’enseignement public ; qu’elle prenne en compte y compris les enfants Juif·ves non religieux·ses ou éloigné·es de la communauté, qui peuvent comme les autres subir l’antisémitisme ; qu’elle étudie les mécanismes mis en place par certain·es pour dissimuler leur origine ou leur religion et leurs conséquences en matière de santé mentale ; et sans doute bien d’autres points.

Nous aimerions croire que cet audit apportera également un éclairage sur les responsabilités de l’institution dans la violence qu’elle a générée par son absence d’action et par le manque de pertinence des réponses apportées.

Dans tout les cas, nous surveillerons de près la publication des résultats de cet audit, en espérant qu’il soit mené sérieusement et qu’il permette enfin une véritable prise en compte du harcèlement antisémite en milieu scolaire. Il est nécessaire également de ne pas s’arrêter là, que cette étude puisse entrer dans une dynamique plus large de meilleur recensement des violences et du harcèlement scolaire, que ceux-ci aient pour motifs l’antisémitisme, l’islamophobie, l’homophobie, la négrophobie, etc.

Enfin, nous pensons que nous avons assez attendu, que l’heure n’est plus vraiment au diagnostic et que si le désastre est suffisamment installé et reconnu pour commander une enquête, il est inutile d’attendre les résultats de la dite enquête pour prendre le problème à bras le corps. Il est urgent d’agir sérieusement en plaçant la lutte contre l’antisémitisme et tous les racismes comme une priorité en matière de politique éducative, en recrutant massivement du personnel de santé et de vie scolaire, souvent en nombre insuffisant pour gérer efficacement les situations de harcèlement, en sensibilisant et en formant de manière sérieuse et systématique tous les personnels de l’Éducation Nationale (professeur·es, CPE, AED, chef·fes d’établissement, AESH…), en s’appuyant sur des méthodes d’éducation populaire qui ont fait leurs preuves, en faisant intervenir des spécialistes du sujet auprès des élèves et en renforçant et finançant à hauteur des besoins l’éducation aux médias, à l’identification et à la déconstruction des discours complotistes.