Pierre Goldman, un film, un livre

Le film Le procès Goldman qui est sorti mercredi 27 septembre 2023 mérite d’être vu, l’histoire de Pierre Goldman mérite d’être connue, et on vous explique pourquoi.

Né de parents juifs polonais en France pendant la Seconde Guerre mondiale, (donc né en danger de mort immédiat, puisque les antisémites au pouvoir assassinaient aussi les nourrissons), Pierre Goldman a grandi dans un milieu d’anciens résistants juifs et révolutionnaires.

Jeune homme, il fréquente les milieux étudiants maoïstes dans le Quartier Latin à Paris, assurant la sécurité de certains événements. En mai 68, il suit la révolte de loin, jugeant la lutte trop molle.

Obsédé par l’idée de se hisser à la hauteur de ses parents dans la lutte révolutionnaire, il gagne le Venezuela où il se forme à l’insurrection armée. De retour en France, il fréquente les milieux indépendantistes antillais.

Il commet plusieurs vols à main armée à Paris, pour lesquels il est arrêté. Il avoue tout sauf un braquage : celui d’une pharmacie boulevard Richard Lenoir, braquage au cours duquel deux pharmacienne ont été tuées, et un policier qui passait par là grièvement blessé.

Il est condamné. En prison, il écrit Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France. Ce livre est un succès, son cas devient une affaire nationale. Son procès en appel, très médiatisé, débouche sur un acquittement.

Le film Le Procès Goldman qui est sorti le mercredi 27 septembre 2023 raconte, en huis clos, ce second procès. Puisse ce film remettre un peu de lumière sur le livre de ce militant juif d’extrême gauche injustement tombé dans l’oubli. Quand on connaît son histoire, il est étrange de s’apercevoir qu’elle est est si méconnue autour de nous. Pourtant, il y a dans son écriture quelque chose de très contemporain.

Au sein des milieux révolutionnaires dans les années 70, écrire à la première personne est rare. Parler de soi est presque un tabou. Pierre Goldman, lui, écrit son livre Souvenirs obscur d’un juif polonais né en France à la première personne du singulier. Il y raconte son histoire subjective. Il y parle frontalement de race. Il y parle de l’antisémitisme qu’il connaît, subit et combat. Il y parle aussi des affinités électives qu’il ressent pour ses camarades antillais, qui subissent la négrophobie.

Dire « je », s’affirmer révolutionnaire ET Juif luttant contre l’antisémitisme : il y a dans le récit que Pierre Goldman fait de son histoire dans ses Souvenirs obscurs quelque chose de profondément contemporain et touchant. Pierre Goldman cherche toujours le mot juste (ouvrant parfois des parenthèses pour affiner en cherchant des mots plus précis, creusant au plus près d’une certaine vérité. Il ne s’agit pas de la vérité des faits, qu’il annonce d’emblée qu’il « ne dira pas », mais d’une vérité d’affect, une vérité de contexte. Ses mots disent bien les meurtrissures qui demeurent après la Shoah, et ce sentiment de colère dont on ne sait parfois pas très bien quoi faire. ).

Seulement quelques années après sa libération, Pierre Goldman est assassiné en pleine rue par un commando. Le meurtre ayant été revendiqué par le groupe « Honneur de la police », on croit à une vengeance de terroristes d’extrême-droite ayant voulu faire justice eux-même. Autre hypothèse plausible, il aurait été exécuté par les services secrets pour les activités révolutionnaires qu’il continuait à exercer. Les choses demeurent floues à ce jour.

PS : Nous recommandons la lecture de l’entretien de Christiane Succab-Goldman, veuve de Pierre Goldman, paru dans Le Monde le 4 octobre. Elle y dénonce notamment de ne pas avoir été consultée par la production et le réalisateur en amont du film. Elle relève des écarts manifestes avec la réallité, comme le fait qu’un personnage la représente témoignant au procès, alors qu’elle n’y était pas.