Sur la « loi immigration » – Partie 2

Nous nous devons de rajouter que, si notre solidarité inconditionnelle est d’abord un produit de notre humanité la plus élémentaire, ce à quoi nous assistons fait également écho avec nos histoires familiales juives, de descendant·es d’exilé·es, d’apatrides, d’étranger·es, « d’indésirables ». 

Lorsque nous entendons le vocabulaire utilisé par les parlementaires racistes à l’Assemblée Nationale pour décrire les sans-papiers, nous ne pouvons nous empêcher de voir nos mémoires ressurgir brutalement. Ces mémoires renforcent notre détermination à nous placer aux côtés de toustes les apatrides et les exilé·es.

Nos parents et nos grand-parents étaient pour la plupart des réfugié·es, fuyant les persécutions, la guerre et/ou la pauvreté.

Lorsque nous entendons parler de « quotas d’immigration » nous ne pouvons nous empêcher d’avoir en tête le nombre bien trop conséquent de réfugié·es juifves pendant la première moitié du XXe siècle qui se virent refuser l’asile en France, aux États-Unis, en Angleterre et dans la plupart des pays d’Europe, avec pour justification des rhétoriques proches de celles employées aujourd’hui par ce gouvernement et ses alliés politiques. 

Déjà à cette époque, tous ces pays peignaient nos aïeux·les comme des « parasites », des « dangers » pour le travail des « vrais nationaux », des « menaces »… Les quotas d’immigration entre la fin du XIXe siècle et la Shoah furent responsables de la mort par abandon de dizaines, voir de centaines de milliers de juifves d’Europe de l’Est qui cherchaient à fuir une Europe qui les pourchassait, les discriminait et les assassinait.

Pour les familles juives de pays arabes, elles ont en Algérie été déchues de la nationalité française en 1940 sous Vichy et exclues de l’école française, puis ont été contraintes de quitter leur pays. En Égypte, le pouvoir les expulse du pays après 1956 et leur retire la nationalité, les rendant apatrides.

Quant aux familles du Maroc et de Tunisie, elles sont souvent arrivées en France en même temps que les grandes vagues d’immigration de population du Maghreb car la France avait besoin de main d’œuvre et ne s’est pas privée d’aller les chercher.

En tant que Juifves, originaires d’Europe, d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient, descendant·es de réfugié·es, nous ne pouvons que nous identifier aux populations sans papiers et à leur stigmatisation par cette loi.

Nous leur apportons tout notre soutien et notre solidarité.

Aujourd’hui, alors que tant de personnes sans-papiers ici en France ne vivent pas mais survivent, il est impératif de ne pas accepter ce projet de société. 

Un projet de société au sein duquel il existerait une hiérarchie de valeur entre les vies humaines. 

Aucune vie ne vaut plus qu’une autre. Et aucune personne n’est illégitime à vivre où que ce soit. 

Ces principes, ce sont les principes du droit humain, à l’égalité, à la dignité, à la justice, à la paix, et à la vie.

Ces principes restent et resteront toujours inaliénables.

À toutes les personnes sans-papiers, à toutes les personnes immigrées et issues de l’immigration, à toutes les personnes apatrides, exilé·es, réfugié·es, nous vous disons ceci :

Nous vous soutenons, et nous nous mobiliserons pour vous soutenir et vous prêter main forte dans cette lutte.

Nous appelons tout le monde à se saisir de cet enjeu et à faire de même.

JJR