Sous le masque hypocrite de la dédiabolisation, le RN propage l’antisémitisme !

Nous avons été stupéfait·es en découvrant que Julien Odoul, député du Rassemblement National, avait fait visiter l’Assemblée nationale à des élèves de l’école Lucien de Hirsch, la plus ancienne école juive de France.

Il en a profité pour publier cette manoeuvre sur son compte X. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie du RN et vise à séduire la minorité juive en tentant de faire oublier ses propres racines idéologiques et l’antisémitisme toujours bien présent dans ses rangs.

En effet, de la participation au « bal des nostalgiques du IIIe Reich » en 2012 un jour de commémoration de la découverte d’Auschwitz à la déresponsabilisation de la France dans la rafle du Vel d’Hiv en pleine campagne présidentielle de 2017, Marine Le Pen a montré à quel point le vernis de la dédiabolisation était fragile. Le RN essaye aussi de faire oublier le négationnisme persistant dans ses rangs, dont l’un des exemples les plus connus est Frédéric Boccaletti, gestionnaire d’une librairie négationiste et rééditeur de Charles Maurras.

Malgré la complaisance médiatique et politique dont bénéficie le RN dans sa stratégie visant à faire oublier l’antisémitisme au cœur de sa vision du monde, le masque de cette opération de dédiabolisation tombe régulièrement, et Julien Odoul vient une nouvelle fois d’en faire la démonstration. En réponse au président du CRIF, Yonathan Arfi, qui dénonçait « l’indécence » de cette instrumentalisation – rappelant que « l’histoire et les valeurs portées par l’école Lucien de Hirsch sont aux antipodes de celles du RN » – Julien Odoul a saisi l’occasion pour révéler le fond de sa pensée. Il a accusé le CRIF de « se tromper de combat et de cibles en pointant du doigt le seul mouvement qui défend nos compatriotes juifs contre la menace islamiste ». Mais il ne s’est pas arrêté à ce mensonge flagrant, visant à instrumentaliser un pseudo-discours sur l’antisémitisme pour mieux attaquer les Musulman·es. En effet, il a attribué la réaction du CRIF à une volonté de « faire oublier que cette association porte une écrasante et coupable responsabilité dans la situation actuelle en ayant soutenu toutes les politiques d’immigration massive, terreau du fondamentalisme antisémite ».

Cette déclaration ne relève pas seulement de la rhétorique du « nouvel antisémitisme » – théorie fallacieuse, islamophobe et raciste visant à masquer la permanence d’un antisémitisme séculaire, structurel et historiquement essentiel à l’idéologie de l’extrême-droite – mais constitue également une réactivation à peine voilée du mythe complotiste du « grand remplacement », faisant des Juif·ves les instigateurs dissimulés de l’immigration. A cela s’ajoute l’éternelle accusation que les Juif·ves, ici le CRIF, sont les responsables mêmes de l’antisémitisme. Il s’agit là d’une déclaration doublement antisémite. Il apparaît ici clairement que la stratégie de l’extrême-droite d’instrumentaliser les Juif·ves est un pur produit de l’antisémitisme.

Ce n’est évidemment pas la première fois que la théorie du complot du « grand remplacement » est utilisée par le RN, y compris par Marine le Pen elle-même en 2012 notamment. Et souvent de manière semi-dissimulée, par exemple dans des attaques contre le milliardaire juif américain George Soros, cible privilégiée de l’extrême-droite antisémite hongroise, que le RN accusait dans un communiqué de 2021 de chercher à imposer « à l’Europe son idéologie de la « société ouverte » et sans frontières visant à terme à l’établissement d’un « homme nouveau », véritable individu sans identité ni repères réduit à un rôle d’ultra-consommateur » – une rhétorique qui reprend les images traditionnelles antisémites du juif cosmopolite cherchant à subvertir la nation.
Sous l’influence de la théorie complotiste du « grand remplacement », plusieurs attentats antisémites et islamophobes ont eu lieu ces dernières années : à Pittsburgh, contre la synagogue Tree of life en 2018, à Haalle-sur-Salle en 2019 le jour de Kippour, à Christchurch en 2019…

Rappelons au passage que l’école Lucien de Hirsch avait été visée en 1980 par une attaque terroriste d’extrême-droite contre sa section maternelle, dans le cadre d’un attentat visant plusieurs établissements juifs. Cette attaque avait été revendiquée par un membre des Faisceaux nationalistes européens, un groupe fondé par Mark Fredriksen, militant d’extrême-droite ayant transité par le Front national, où François Duprat, figure notoirement antisémite et négationniste l’avait présenté comme candidat aux législatives.

Le RN, parti fondé par des Waffen SS, essaie, à la faveur de l’inconséquence d’une partie de la gauche, de la complaisance d’une grande partie de la classe politique et des médias, de se faire passer pour le défenseur des Juif·ves en présentant son discours raciste et islamophobe comme une manière de lutter contre l’antisémitisme. Il s’appuie pour cela sur des convergences construites avec l’extrême-droite israélienne qui se porte candidate pour lui servir de caution dans son opération. Ainsi, pour la première fois, des dirigeants du RN vont être invités à la Knesset et Jordan Bardella et Marion Maréchal ont été invités en Israël les 26 et 27 mars pour participer à la Conférence internationale de la lutte contre l’antisémitisme.

Cette invitation s’inscrit dans l’agenda d’extrême-droite de Netanyahu, qui continue de tisser des liens avec les extrêmes droites à l’international, partageant avec elles une islamophobie et un récit de guerre des civilisations qui lui sont politiquement utiles. Cette alliance se structure autour d’un récit islamophobe au nom duquel l’extrême-droite israélienne et ses relais en diaspora n’hésitent pas par ailleurs à minimiser, cautionner, voire diffuser l’antisémitisme dès lors qu’il cible des Juif·ves de gauche ou des Juif·ves qui ne partagent pas leur vision d’extrême droite. Ainsi, rappelons que lors de la marche du 12 novembre 2023, des militants du RN et Reconquête n’ont pas hésité à hurler « Sales Juifs » aux militant·es de Golem venu·es les confronter. Ces mêmes militants du RN ont été soutenus par la LDJ, pour qui les nouvelles déclarations d’amour du RN à Israël effaceraient leur profonde histoire antisémite, mais aussi l’actualité de ce dernier au sein du RN.

Nous, Juif·ves vivant en diaspora sommes révolté·es d’être une fois de plus instrumentalisé·es pour servir un agenda politique raciste de la part des dirigeants d’extrême droite, que ce soit en France par les héritiers du nazisme, de la Collaboration et de l’OAS ; ou en Israël par un gouvernement criminel qui se rend coupable de crimes contre l’humanité à l’encontre de la population palestinienne.

Ne soyons pas dupes face aux pseudo défenseurs des Juif·ves qui n’arrivent même pas à cacher leur antisémitisme quand ils sont désavoués. L’extrême-droite poursuit son combat ultime. Elle est l’ennemie des Juif·ves et de toutes les minorités. Combattons-la !