L’État russe, la guerre et l’antisémitisme

Dans les dernières semaines, plusieurs opérations militaires russes ont visé des pays de l’Union européenne, notamment l’explosion de drones en Pologne et la violation des espaces aériens estonien, roumain, norvégien et danois. Depuis plusieurs années, Moscou est à l’origine de cyberattaques, d’opérations de déstabilisation d’élections, de propagation de fausses informations et est le commanditaire d’actes antisémites en France (il finance aussi ouvertement des propagandistes antisémites, comme Kemi Seba). On se rappelle ainsi des mains rouges sur le mur des Justes à l’extérieur du Mémorial de la Shoah, des étoiles de David peintes sur les murs de Paris, ou des jets de peinture sur des synagogues et restaurants en mai 2025. Le dépôt de têtes de cochon devant des mosquées au début du mois semble relever du même schéma. À chaque fois il s’agit d’actions médiatiques nécessitant peu de moyens et un nombre réduit de personnes pouvant quitter le pays rapidement. Il est tout à fait envisageable qu’elles deviennent plus violentes et plus destructrices à l’avenir.

Ces interventions doivent être lues à la lumière de la guerre coloniale menée par le régime de Poutine contre l’Ukraine et de la compétition inter-impérialiste qui s’y déroule.

En France, l’extrême-droite adopte quasi-unanimement les arguments du Kremlin : en perroquets comme Florian Philippot ou de manière plus édulcorée comme le Rassemblement National. Sans compter le relais zélé de sa propagande par la sphère Bolloré, qui étend chaque jour un peu plus son influence. Cela s’explique à la fois par une dépendance financière envers Moscou et par une adhésion au projet politique réactionnaire, autoritaire et LGBTQIphobe poutinien (cela donne certains moments grotesques, comme lorsqu’un vétéran de l’anticommunisme comme Bruno Gollnisch se met soudain à vanter le rôle de l’URSS dans la « grande guerre patriotique »). Parmi les macronistes, le soutien à l’Ukraine est la position majoritaire, mais cela reste à relativiser : si dans les discours le ton est combatif, la réalité peine à suivre et la France consacre seulement 0,29% de son PIB à aider l’Ukraine, derrière la plupart des pays de l’Union européenne. La gauche est quant à elle divisée : LFI et ses satellites s’embourbent dans une logique campiste qui minimise les crimes de guerre du Kremlin ainsi que sa volonté de faire disparaitre le peuple ukrainien et d’asservir l’ensemble de son « étranger proche » (on observe le même genre de bienveillance vis-à-vis de la Chine) ; mais la majorité des organisations, des Écologistes jusqu’au NPA-A en passant par le mouvement syndical, affirment leur solidarité avec la résistance du peuple ukrainien avec plus ou moins de méfiance vis-à-vis des impérialismes américain et européen.

Pour affaiblir le soutien à l’Ukraine, Moscou a donc tout intérêt à favoriser l’accession au pouvoir de l’extrême-droite en France, comme il l’a fait aux États-Unis. Pour cela, il nourrit l’antisémitisme et l’islamophobie, attise les discours complotistes et brandit la menace d’une guerre ouverte (dont il n’a en réalité pas les moyens).

On le voit, les lutte antiracistes, anticolonialistes, antifascistes et internationalistes sont ici indissociables. Soutenir le peuple ukrainien, c’est donc œuvrer pour la paix et la solidarité entre les peuples, c’est mettre en échec l’internationale réactionnaire.