Texte co-signé par l’UJRE – Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide et le collectif Golem.

Depuis plusieurs jours, le Rojava est la cible d’une offensive de l’armée du nouveau regime syrien. Il y a de quoi craindre le pire, compte tenu des évènements précédents notamment dans le Jebel Druze et la region majoritairement alaouite de Lattaquié.

Cette offensive a recu l’assentiment, le soutien implicite ou au moins la passivité, des différentes puissances impérialistes qui déploient leur influence sur la Syrie, qu’il s’agisse des États-Unis, de la Russie, de la Turquie, d’Israël, de l’Arabie saoudite ou de la France. Les États-Unis, en particulier, ont donné le feu vert au nouveau régime syrien pour agir et abandonné les FDS à leur sort. Le peuple kurde, qui avait inscrit ses aspirations à l’autodétermination dans un modèle original, le confederalisme démocratiques, est maintenant la cible des milices liées au nouveau pouvoir d’Ahmed al-Charaa et à l’État turc. Il est une nouvelle fois démontré que les promesses de soutien des États impérialistes ne valent rien puisque ceux-ci n’ont aucun scrupule à abandonner les combattantes et combattants qui ont joué un role déterminant dans la défaite de Daesh à leur sort. 

Apres les décennies de pouvoir sanguinaire de la famille Assad, le nouveau régime, porteur de sa propre logique sectaire issue du djihadisme, cherche à imposer par la force sa loi à l’ensemble des peuples de Syrie. Les aspirations démocratiques qui ont conduit au soulèvement de 2011 sont ainsi piétinées par une pratique autoritaire du pouvoir. En effet, Damas refuse toute perspective fédéraliste et entend imposer une autorité absolue et centralisée. Les déclarations du nouveau pouvoir sur la reconnaissance de la langue kurde ne doivent pas tromper, puisque ses milices multiplient sur le terrain exécutions sommaires, discours violemment antikurdes et mesures vexatoires.

Le basculement du côté du nouveau régime d’une grande partie des forces tribales arabes alliées aux FDS montre les difficultés d’un modèle politique qui, malgré tous les sacrifices des combattantes et combattants kurdes et internationalistes, n’a pas réussi à ancrer durablement sa légitimité propre auprès des populations arabes de l’Est syrien. Pour autant, le modele du confédéralisme démocratique représente dans un contexte de guerre civile une dynamique positive par la place qu’il accorde aux femmes et aux minorités.

À cette heure, c’est la question même de l’autonomie et de l’autodétermination des peuples kurdes qui est posé, mais aussi celle des minorités syriaques ou armeniennes qui y vivent. De plus, le peuple kurde porte depuis des décennies une revendication légitime d’indépendance ou d’autonomie qui ne pourra se réaliser sous la domination de Damas, pas plus que sous celle de Téhéran, de Bagdad, ou d’Ankara. Une prise de contrôle  de ce territoire par Damas constituerait donc une très mauvaise nouvelle et une immense régression.

Nous apportons tout notre soutien au peuple kurde aux autres peuple minorisés en lutte et aux Syriens et Syriennes qui continuent de lutter pour une alternative démocratique face au nouveau pouvoir.  Nous appelons à participer à toutes les initiatives qui pourraient avoir lieu en solidarité.

Nous appelons également à combattre toutes celles et tous ceux qui en France utilisent la politique du nouveau pouvoir syrien comme prétexte à des discours ou des actes islamophobes. Il ne valent pas mieux que celles et ceux qui utilisent les agissements du pouvoir israélien comme prétexte à des discours ou des actes antisémites.