Texte co-signé par Memorial 98.
Nous assistons depuis quelques temps à une progression de l’extrême droite partout dans le monde.
Un bilan rapide:
Aux États-Unis, les idées réactionnaires étaient déjà bien présentes dans la société américaine, mais depuis que Donald Trump a été réélu, un cap a été franchi. La politique anti immigration est renforcée : La police de l’ICE, transformée en groupe paramilitaire à la solde du pouvoir, tue en toute impunité, des rafles sont organisées pour mettre des sans papiers en détention -y compris des enfants. Les droits des femmes sont bafoués, l’avortement devenu illégal dans certains états obligeants des femmes à risquer leur vie et des personnels soignants à renoncer à leur devoir. Des professeurs d’universités sont censurés, les budgets éducatifs coupés, des livres sur des thématiques comme les droits civiques, la peine de mort ou les revendications amérindiennes sont retirés des bibliothèques scolaires. La justice, supposément indépendante, l’est de moins en moins avec une Cour Suprême pro Trump. En politique étrangère, Donald Trump et son administration semblent vouloir mettre fin à toute autonomie des pays qui étaient jusque là ses alliés et qui deviendraient ses vassaux. Tout cela s’accompagne d’une banalisation des pires discours antisémites et négationnistes au sein de la sphère MAGA, par le biais de personnalités comme Nick Fuentes ou Kanye West. De manière générale, les États-Unis se transforment en régime autoritaire dirigé par des fascistes.
En Iran, depuis la Révolution islamique en 1979 et l’arrivée au pouvoir des ayatollah, les Iranien·nes vivent sous un régime dictatorial ultra-réactionnaire dominé par le clergé chiite. Les populations sont placées sous la surveillance permanente des Gardiens de la Révolution, groupe armé qui a pris la suite de la SAVAK de Pahlavi pour mater toute opposition politique. Depuis décembre 2025, nous assistons, admiratifs·ves, à un mouvement contestataire avec manifestations de masse de la population iranienne qui proteste contre la vie chère et dit stop à la répression et à la dictature. Partout dans le pays, les Iranien·nes sortent dans la rue et défient le pouvoir. La réponse du gouvernement est meurtrière, la répression atroce, les pasdarans tuent plusieurs dizaines de milliers de personnes en seulement quelques semaines (nous pouvons lire des échos de cette lutte sur le site Solidarité Socialiste avec les Travailleurs en Iran, qui traduit et relaie notamment l’expression des syndicats iraniens indépendants : http://www.iran-echo.com/). Nous souhaitons dire notre soutien, notre admiration, et notre tristesse face à la situation.
En Israël, après les attaques de masse du 7 octobre 2023 sur la population civile israélienne et la prise en otage de civils par le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens, le gouvernement d’extrême-droite de Netanyahu a décidé de mener une guerre criminelle sans précédents provoquant la mort d’au moins 71 000 Palestinien·nes dont une grande partie (majorité) de civils, femmes et enfants. De nombreux crimes contre l’humanité ont été commis, Gaza est rasée, les infrastructures détruites, les ressources essentielles inexistantes, les conséquences sur la population encore en vie catastrophiques. En Cisjordanie, les attaques sur les civils palestiniens sont quotidiennes, les maisons détruites, les familles délogées, des adolescent·es tué·es, et le gouvernement annexe des territoires à vitesse grand V, forçant les populations à évacuer leurs villages natals. Les colons prennent de plus en plus de place, commettent des crimes en toute impunité, montrant là aussi que la soi-disant « seule démocratie du Moyen-Orient » n’est ni une démocratie ni un État de droit quand il s’agit des populations palestiniennes.
En Russie, la guerre d’invasion contre l’Ukraine commencée en 2014 et l’échec de l’armée russe à prendre le contrôle du pays ont radicalisé un pouvoir déjà dictatorial et criminel. La propagande du régime et son idéologue, Alexandre Douguine, défendent l’idée d’une Eurasie qui serait menacée par la « déchristianisation », l’homosexualité et le « cosmopolitisme ». Le régime poutinien prône également dans une optique impérialiste de partage du monde la mise sous contrôle de son « étranger proche », les pays définis comme tels devant être réduits au simple rôle de satellites. Dans la continuité de cette pensée, le régime poutinien réprime sévèrement les revendications LGBT et tous les mouvements sociaux ou démocratiques au sein de la société russe. Il n’hésite pas à assassiner ses opposants, y compris à l’étranger, et à soutenir toutes les forces politiques qui pourraient entrer en résonance avec son projet, de Trump à Orban en passant par Le Pen. De ce fait, les services secrets russes montent des opérations de déstabilisation qui touchent notamment la France et prennent la forme d’attaques antisémites ou islamophobes, ou d’appui à la propagande d’extrême-droite.
Qu’en est-il justement de la France ? Depuis des décennies, l’extrême-droite se rapproche de plus en plus du pouvoir et si notre camp n’est pas à la hauteur de l’enjeu, il semble fort possible que 2027 voie l’accession à l’Élysée d’un président issu du Rassemblement National. Le « barrage républicain », c’est-à-dire l’alliance des partis dits « républicains » pour empêcher l’élection de candidats d’extrême-droite, n’existe plus et semble se retourner contre les forces de gauche. Les médias Bolloré, avec en première ligne la chaîne CNews et les éditions Fayard, diffusent à grande échelle les thèses les plus réactionnaires. Aujourd’hui, nous assistons, révolté·es, à des discours racistes décomplexés et réactionnaires dans les médias, comme quand Arno Klarsfeld propose « d’organiser des grandes rafles de sans papiers ». L’islamophobie est partout, l’antisémitisme en recrudescence est banalisé, des agressions racistes ont lieu tous les jours dans l’indifférence médiatique et politique et le triste anniversaire de la mort d’Ilan Halimi nous rappelle qu’elles peuvent aller jusqu’à tuer. De plus, la minute de silence observée à l’Assemblée Nationale en mémoire d’un militant fasciste mort suite à une rixe démontre que les institutions et partis dominants de la démocratie bourgeoise ont perdu toute volonté de s’opposer à cette montée en puissance. Personne ne devrait mourir pour ses idées. Mais voir les institutions se recueillir pour un militant fasciste, quand tant de victimes de crimes racistes liés à cette même idéologie n’ont pas reçu un tel hommage, doit provoquer un sursaut.
Le contexte politique mondial et national est donc extrêmement inquiétant, le fascisme commence toujours par des discours populistes, la stigmatisation des minorités. Il est un réel danger. L’extrême droite, quand elle est au pouvoir, agit en toute impunité, réprime, stigmatise, tue, agresse, colonise.
Nous appelons tout le monde à se mobiliser partout et tout le temps contre les inégalités, les idées réactionnaires, le racisme, l’injustice, que ce soit dans les discours ou dans les actes, dans la vie privée comme dans la sphère publique, ne laissons rien passer. Mais face à ce raz-de-marée, la mobilisation individuelle ne suffit pas. Il faut des structures capables de résister. Cela signifie soutenir le mouvement antifasciste face à la répression. Cela signifie également investir les syndicats, partis ou collectifs existants et y défendre une ligne résolument internationaliste, antiraciste et antifasciste. Il y a en effet un double combat à mener : d’un côté combattre aux côtés du mouvement social l’extrême-droite partout où elle se manifeste, y compris au sein de la population juive (particulièrement soumise à instrumentalisation par le RN et Reconquête) ; de l’autre lutter au sein du mouvement social contre les tendances réactionnaires qui s’y développent du fait de la fascisation de la société (antisémitisme et campisme notamment).
L’internationale réactionnaire progresse partout, la solidarité internationaliste, antiraciste et antifasciste est la seule option.

