Le 19 novembre 2023, un adolescent de 16 ans, Thomas Peretto, a été tué lors d’une rixe à Crépol. Ce drame avait donné lieu à une importante récupération de l’extrême-droite prétendant que le meurtre avait été motivé par le « racisme anti-blanc ». Le 20 juillet 2026, la juge d’instruction en charge du dossier a retenu dans les motifs de mise en examen la circonstance aggravante d’une attaque motivée par l’appartenance de la victime à la « race blanche et la nation française ».
D’un point de vue antiraciste, le sujet pose question. C’est que quand on parle de racisme, plusieurs confusions sont à l’œuvre.
Déjà, il est tout à fait possible qu’une personne blanche soit la cible d’agression, de violences, de harcèlement, etc. en raison de sa couleur de peau ou d’une identité « française » plus ou moins fantasmée. Du point de vue de la justice, si un crime est ainsi idéologiquement motivé, il y a une logique à le traduire par une circonstance aggravante.
Pour autant, la référence au « racisme anti-blanc » pose problème. En effet, lorsqu’on parle de racisme, on ne fait pas seulement référence à une ou plusieurs haines individuelles, mais à un système de domination structurant l’ensemble de la société.
Quand nous disons que l’antisémitisme est structurel en France, cela ne signifie pas seulement que certain·es Français·es n’aiment pas les Juif·ves, mais que l’antisémitisme est inscrit dans le fonctionnement « normal » de la société française et qu’il est produit et reproduit par celui-ci. Il a une fonction sociale et traverse les institutions, les représentations et les rapports sociaux. Cela peut paraître théorique, mais cela signifie en pratique que l’antisémitisme est présent sur le temps long, qu’il imprègne à des degrés variés toutes les catégories sociales et qu’il impacte d’une manière ou d’une autre une large majorité des Juif·ves vivant en France. Aujourd’hui, les lieux communautaires et religieux sont sous protection policière permanente ; les enfants juifs sont massivement déscolarisés de l’école publique, et le phénomène s’étend à l’université ; de nombreux·ses Juif·ves sont contraint·es de cacher leur judéité ; certain·es sont visé·es dans leur travail (on le voit aujourd’hui dans le milieu culturel) ; des politicien·nes multiplient les sorties antisémites ; et ainsi de suite.
On pourrait faire le même type de constat pour l’islamophobie, la rromophobie ou la négrophobie. Pas pour le « racisme anti-blanc », pour une raison bien simple : les blanc·hes ne sont pas minorisé·es mais sont au contraire le groupe majoritaire et dominant au sein du système social racial français. Dire cela, ce n’est pas dire que chaque blanc·he domine chaque non-blanc·he ou qu’un·e blanc·he ne peux pas être victime de violences du fait de sa couleur de peau, mais cela signifie qu’à l’échelle de la société dans son ensemble, les blanc·hes ne sont pas soumis·es aux mêmes contraintes que les membres des minorités, que leurs privilèges sont défendus par les institutions et les structures sociales, et que la blanchité fait norme.
La validation par la justice du concept de « racisme anti-blanc » concourt donc à invisibiliser les mécanismes structurels à l’œuvre derrière les idées et les actes racistes. Dans le contexte politique actuel, l’extrême-droite, force politique dont la base est la haine des Juif·ves, des musulman·es, des Voyageurs·ses et de toutes les minorités, est la principale bénéficiaire de cette confusion.
Répétons-le encore une fois : le renforcement, sur des bases matérialistes, du mouvement antiraciste est plus que jamais nécessaire !

